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Le ticket-restau à l’ère numérique

Le titre-restaurant fait sa mue. Les entreprises pourront désormais proposer à leurs salariés de substituer leurs tickets version papier contre une carte de paiement ou une application sur smartphone. On a rencontré ceux qui utilisent -ou non- ce mode de règlement, devenu un moyen pour certains de compléter leurs revenus.

Un décret paru au Journal officiel le 7 mars dernier permet aux entreprises et organismes d’affiliation, à compter de ce 2 avril, de proposer aux salariés d’échanger leurs carnets de titres-restaurant contre une carte à puce (type Moneo). Le principe : la carte de paiement fonctionnera comme une carte bancaire, hors dimanche et jours fériés. Le salarié ne paiera que ce qu’il a consommé, dans la limite de 19 euros par jour (contre deux tickets actuellement). Pour l’application mobile, appelée Resto Flash pour la plus développée, le client qui l’aura téléchargée y rentrera la somme due, générant ainsi un code-barre qu’il présentera au commerçant afin que ce dernier le scanne. Dans les deux cas, l’argent dépensé sera déduit d’un compte relié à la solution choisie.

Un coup de pouce pour le budget alimentation

Quelque 3,8 millions de salariés (un peu plus d’un sur dix) bénéficient de titres-restaurant en France (premier pays à l’adopter en 1967). Accepté dans 180 000 établissements (restaurants, boucheries, boulangeries…), sa valeur moyenne est de 7,31 euros. Il a été institué à l’origine pour permettre aux salariés de s’offrir un repas chaud à midi, moyennant un avantage fiscal pour l’entreprise.

Depuis le 1er mars 2010, la réglementation est venue durcir les conditions d’utilisation des titres-restaurant en grande et moyenne surfaces. Ils ne peuvent y servir qu’à acheter des « préparations alimentaires immédiatement consommables » (sandwiches, plats cuisinés, etc.) et tout ce qui entre dans la consommation du repas (viande, fruits et légumes…). Comme partout ailleurs, leur nombre est limité à deux par jour et le caissier ne rend pas la monnaie.

Témoignages. Pour comprendre l’impact de la dématérialisation pour les utilisateurs de titres-restaurant, Touslesbudgets.com est allé demander à six salariés quel rapport ils entretiennent avec les Tickets Restaurant ou autres Chèque Déjeuner. Un sondage initié par la société Moneo Resto révèle que 71% des salariés accueillent favorablement cette évolution. Pourtant…

Florent, 23 ans, étudiant-salarié à Rouen (76) : 132 euros de titres-restaurant par mois

J’en utilise deux ou trois fois par semaine, surtout pour faire des courses en supermarché, parfois aussi pour de la restauration rapide ou un déjeuner avec mes collègues. Je les considère comme un complément de revenu : sur 8.80 euros, je paie environ 3.5 euros. Sur le budget courses, ça me permet d’économiser environ 70 euros par mois. Sans eux, je serais obligé de diminuer ma quantité de produits « chers » (viande, fruits et légumes). Pour ce qui est de la dématérialisation, elle n’est pas avantageuse dans mon cas, avec un montant limité à 19 euros, alors qu’il m’arrive d’utiliser trois tickets de 8,80 euros lorsque je vais -très rarement- au restaurant, en général le week-end ou le soir. Je comprends le principe d’encourager les bénéficiaires à aller au restaurant le midi, mais j’aime autant acheter et me préparer à manger pour avoir du temps pour moi le midi. Si on peut continuer à faire les courses avec la nouvelle forme, je n’y vois pas d’inconvénient. Autrement, mes tickets ne me serviront plus.

Jean-Philippe, 27 ans, ingénieur chargé d’affaires, Bastia (2B) : pas de titres-restaurant

Pour le midi, soit je me prépare à manger la veille -même si c’est rare- et je réchauffe à mon travail, soit -la plupart du temps-, je vais acheter à manger près du bureau dans une supérette ou une boulangerie. Je pense dépenser entre 6 et 9 euros par repas. Maintenant, je ne sais pas si j’aimerais avoir des titres-restaurant, car ça me ferait peut-être dépenser plus. J’aurais l’impression de sortir moins d’argent et j’aurais donc tendance à acheter plus.

Candice, 26 ans, juriste d’entreprise à Lille (59) : 158 euros de titres-restaurant par mois

J’en utilise occasionnellement, pour faire mes courses ou aller au restaurant. L’employeur prend à sa charge 60% du titre, leur montant unitaire étant de 7,90 euros. J’en ai entre 15 et 21 par mois, en fonction des jours travaillés. Je les considère davantage comme un complément de revenus, et si je n’en n’avais plus, j’irais beaucoup moins au restaurant ! De ce que j’en ai entendu, la dématérialisation ne m’arrange pas du tout. Dans certaines enseignes, on peut payer l’intégralité de ses courses avec les tickets. Le nouveau système intègre de nombreuses restrictions qui se ressentiront dans ces cas-là. De même pour les restaurants : limiter le nombre et les jours d’utilisation est une aberration, aussi bien pour les consommateurs que les restaurateurs. Je préférerais que les tickets soient supprimés et que le montant pris en charge par l’entreprise chaque mois soit intégré au salaire.

Stéphanie, 36 ans, responsable de production, Paris (75) : pas de titres-restaurant

Sans tickets, je fais des courses le samedi, pour cuisiner le jour-même ou le dimanche. Je me fais aussi un doggy-bag qui résiste jusqu’au jeudi. Le vendredi, soit je me prépare quelque chose, soit j’achète. En moyenne, faire à manger moi-même me revient entre 2,5 et 4 euros par jour environ. Je préférerais bénéficier de titres-restaurant car c’est un avantage en nature, qui permet aussi de faire ses courses dans les magasins. Je n’en n’ai jamais eu dans les entreprises où j’ai travaillé. Je n’ai connu que des restaurants d’entreprise, qui étaient plus avantageux et où je m’en sortais pour rien du tout -1,50 à 3,60 euros par repas-, d’autant que les titres-restaurant ne couvrent pas le prix d’une brasserie le midi. En revanche, on m’a déjà donné des « tickets restau’ », avec lesquels j’allais au restaurant avec des amis, le midi ou le soir.

Jérôme, 30 ans, conseiller bancaire, Paris (75) : 164 euros de titres-restaurant par mois

Je n’en n’utilise pas tous les jours, car le montant alloué par ticket est insuffisant pour faire un repas entrée-plat-dessert dans un restaurant. Le montant de mon ticket est de 8,20 euros. Ils me servent de temps en temps pour aller au restaurant, mais le plus souvent le week-end avec des amis, car je ne veux pas être contraint d’aller dans un restaurant près de mon travail et devoir manger rapidement. De plus, je ne trouve pas logique d’obliger un salarié à devoir rajouter pour manger dans un restaurant. Dès lors qu’il paie pour des tickets, il doit pouvoir l’utiliser comme bon lui semble, y compris s’il souhaite faire ses courses avec. Je procède ainsi et cela me permet de mieux maîtriser mon budget, en m’achetant des provisions pour me faire à manger pour mon travail. Sans ces tickets, je ferais la même chose, car je ne dispose pas des fonds nécessaires me permettant chaque jour de pouvoir faire un restaurant. La dématérialisation n’est pas une mauvaise idée si l’on considère qu’il n’y aurait plus à faire l’appoint. Pour moi, le problème réside dans l’impossibilité d’utiliser sa carte n’importe quel jour et pour faire des courses alimentaires. J’y vois un nouveau moyen de contraindre les salariés et de diminuer la possibilité pour eux de se constituer un repas complet.

Charlie, 26 ans, assistante juridique à Lyon (69) : 176 euros de titres-restaurant par mois

Je n’utilise pas tous les jours mes tickets, mais il m’arrive quelques fois d’en utiliser deux d’un coup. Je m’en sert entre quinze et vingt fois par mois, avec un montant unitaire de 8,80 euros. Je les utilise pour manger le midi, le soir, et aussi -la plupart du temps- pour faire mes courses. Cela me permet de faire des économies dans mes courses, quasiment de moitié chaque mois. C’est vraiment un complément de revenus, car les mois où j’ai treize tickets, c’est compliqué financièrement… Je fais donc plus attention et je vais moins manger dehors. S’agissant de la dématérialisation, je suis mitigée. D’un coté je suis enthousiaste car le montant du ticket ne tombe pas toujours bien : soit il faut rajouter un peu de monnaie, soit au contraire on en perd ou alors on prend autre chose pour ne pas perdre la différence, et au final le résultat est le même et il fait rajouter… En revanche, le fait qu’ils ne soient plus présents « physiquement » rend la chose plus abstraite et j’ai peur d’avoir tendance à moins bien les contrôler.

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