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« Consommer différemment, mais toujours plus »

TLB : Peut-on vraiment parler d’un nouveau type d’une consommation ?

N.D. : Les services de partage de voitures, d’appartements ou de vente de deuxième main pour ne citer qu’eux connaissent effectivement un succès grandissant. Cela s’explique principalement par le développement des nouvelles technologies. Ces différents services existent depuis très longtemps, mais ils prennent de l’ampleur grâce à internet. Nous préférons d’ailleurs parler de consommation émergente, concept plus large que la consommation collaborative qui se limite à un échange entre particuliers.

TLB : Existe-t-il une réelle volonté chez les Français de développer cette consommation différente?

N.D. : Il y a en tout cas une déception autour de la consommation dite classique. Les études que nous faisons nous montrent qu’un Français sur deux déclare consommer autrement. Une défiance s’exprime envers les modes de consommation traditionnels, jugés responsables d’importants gaspillages et d’une baisse de la qualité. On voit également beaucoup de méfiance envers la publicité et le marketing. Beaucoup espèrent trouver plus de sincérité dans des circuits plus collaboratifs ou locaux, comme les AMAP par exemple.

« Une défiance s’exprime envers les modes de consommation traditionnels »

TLB : Consommer différemment devient-il alors un acte militant ?

N.D. : Je n’irai pas jusque-là. La volonté principale des utilisateurs de ce type de service reste de consommer. Différemment certes, mais plus. On reste toujours dans une même logique d’hyperconsommation. Et puis chez les jeunes, par exemple ce type de consommation est souvent considéré comme normal. Parlez à un étudiant ou à un jeune actif de covoiturage ou d’Airbnb par exemple, il vous dira qu’il s’agit de consommation traditionnelle. Il n’y a rien d’idéologique. On est dans un mouvement durable qui a aussi bénéficié d’un contexte de crise.

TLB : En quoi la crise a-t-elle favorisé ces nouveaux services ?

N.D. : Le contexte économique de beaucoup de Français leur a fait favoriser les prix bas. Personne ne veut payer le prix fort. Les arbitrages sont plus nombreux. En alliant des prix bas et une image plus vertueuse que dans les circuits traditionnels, les Français ont été séduits par ces services dits collaboratifs. Il y a également avec la généralisation de pratiques d’échanges ou de vente d’occasions une remise en question de la notion de possession. C’est quelque chose qui pourrait être étudié sociologiquement. Et puis, un autre point à mettre en évidence, c’est que ces nouveaux services donnent aussi la possibilité aux utilisateurs d’avoir un revenu d’appoint, en louant son appartement, son jardin, ou en accueillant des covoitureurs… C’est aussi une des raisons de leur succès.

« La possibilité d’avoir un revenu d’appoint »

TLB : Est-ce une menace pour les acteurs traditionnels de l’économie ?

N.D. : Les fabricants et les grandes enseignes ont bien compris le phénomène et vont de plus en plus vers cela. Tout le monde a bien réalisé qu’il s’agit pour les Français de continuer à consommer alors chacun essaie d’en profiter. On le voit par exemple avec Ikea qui reprend les meubles anciens de ces clients, ou les grandes enseignes de bricolage qui se mettent maintenant à louer leur matériel. Il y a là de nombreuses perspectives d’avenir et on comprend bien que c’est un marché très porteur et très durable.

Propos recueillis par

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