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« La situation des plus de 60 ans s’est améliorée en France »

Touslesbudgets.com – Comment se décomposent les revenus des seniors ?

Patricia Croutte – Comparés à ceux du reste de la population, ils se composent davantage des retraites et de revenus du patrimoine. Sur ce dernier point, l’âge est un élément déterminant. La valeur du patrimoine moyen des ménages est maximale entre 60 et 69 ans (358.900 euros, contre 259.000 euros en moyenne). Et, à 65 ans passés, en moyenne, 84% du niveau de vie est assuré par les pensions de retraite. Pour les hauts revenus, la part des revenus du patrimoine atteint presque 50%.

Selon l’Insee**, le niveau de vie des 50 et 64 ans est le plus élevé en France avec 26 950 euros par an en moyenne. Et les plus de 65 ans disposent en moyenne de 1000 euros de plus par an, par rapport aux actifs, soit presque 100 euros de plus par mois. Le niveau de vie des personnes seules de grand âge est moindre, en revanche.

TLB – Dans votre étude, vous soulignez que les personnes de 51 à 65 ans ont vu leurs revenus croître plus rapidement que ceux d’autres classes d’âge. Comment l’expliquez-vous?

P.C. – Fut un temps où les personnes âgées étaient très défavorisées, mais avec la montée en charge des retraites (départ en retraite avec l’ensemble de ses annuités) et un taux de conversion des pensions de conjoints décédés plus élevé, la situation monétaire des plus de 60 ans s’est progressivement améliorée en France.

Le taux de pauvreté des 65 ans et plus est ainsi de 9,7% contre 14% dans l’ensemble de la population. Nos voisins européens abritent des proportions plus fortes de personnes âgées pauvres : 14% en Allemagne, 17% en Italie et même 22% au Royaume-Uni. On peut donc parler d’une certaine spécificité française.

TLB – Comment dépensent les seniors ? Y a-t-il une différence avec le reste de la population ?

P.C. – Sur la façon de consommer, des spécificités ressortent. Les seniors étant majoritairement propriétaires, leurs dépenses de logement sont moindres que l’ensemble de la population. Mais ils dépensent plus que les jeunes sur quatre postes : la santé, l’alimentation, les loisirs et l’équipement. Avec l’âge, ils passent certainement plus de temps dans leur logement que lorsqu’ils étaient actifs, et réinvestissent donc dans des appareils plus récents.

En revanche, la consommation des plus âgés tend en niveau à se rapprocher de la consommation globale. Il y a encore cinq ou dix ans, quand le chef de ménage était âgé, le niveau de consommation était plus faible.

TLB – Votre étude montre également  une évolution des pratiques et des loisirs des séniors. Sur quels points en particulier ?

P.C. – Parce qu’ils sont plus autonomes et en meilleure santé, ils conduisent, par exemple, beaucoup plus longtemps : aujourd’hui on compte encore 60% de conducteurs à 76 ans, alors qu’il y a 30 ans ce seuil était franchi à 59 ans.

Ils font beaucoup plus souvent partie d’une association également.  Aujourd’hui, environ un sexagénaire sur cinq est inscrit dans une association sportive, et 28% font partie d’une association culturelle contre 13% à la fin des années 1970. D’ailleurs, cela explique en partie l’augmentation de la proportion de ceux qui reçoivent des amis une fois par semaine. Chez les sexagénaires, elle a progressé de 12 points en 30 ans (de 15% à 27%) et de 9 points chez les plus de 70 ans (de 14% à 23%). Leur sociabilité s’est donc beaucoup enrichie.

TLB – Cette évolution concerne-t-elle aussi les nouvelles technologies ?

P.C. – Les 60-69 ans ont su bénéficier de l’arrivée des nouvelles technologies. Ils n’atteignent pas le niveau d’équipement ou d’utilisation des plus jeunes, c’est vrai, mais majoritairement ils sont maintenant équipé d’un ordinateur et disposent d’une connexion internet chez eux (64% des sexagénaires contre 83% chez les jeunes). Ils les utilisent notamment pour favoriser leurs loisirs, leurs départs en vacances, mais aussi comme un moyen de communiquer avec leurs enfants ou petits-enfants. Les plus de 70 ans, eux, étaient certainement déjà un peu trop âgés quand les produits sont arrivés sur le marché.

TLB – Les prochaines générations de seniors pourront-elles jouir d’un niveau de vie similaire ?

P.C. – La situation ne devrait pas être aussi favorable dans vingt ou trente ans. Car les 60-69 ans d’aujourd’hui sont nés un peu après la guerre et ont bénéficié de toute une série de conditions favorables. On parlait encore de plein emploi et on pouvait  beaucoup plus aisément accéder au logement. Chez les 60-69 ans, par exemple, il y a 67% de propriétaires, tandis qu’ils ne sont que 27% chez les moins de 60 ans. Il n’est donc pas évident que les jeunes d’aujourd’hui atteignent un taux de propriété similaire aux seniors actuels une fois passés leurs 60 ans.

Propos recueillis par Fanny Costes

*Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie – Résumé de l’étude publié en septembre 2014 et disponible sur http://www.credoc.fr/publications/abstract.php?ref=CMV269.

**Edition 2014 de l’enquête de l’Insee « les revenus et le patrimoine des ménages » (chiffres 2011).

© Ingo Bartussek – Fotolia

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