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Commerce équitable : « La France, notre troisième marché »

Touslesbudgets.com se penche sur le marché du commerce équitable, qui pèse à peine 400 millions d’euros et progresse lentement (+9% en 2013). Nous avons rencontré Marc Blanchard, directeur général France de Max Havelaar, qui labellise 80% des produits équitables en France.

Touslesbudgets.com : Avant toute chose, c’est quoi, le commerce équitable ?

Marc Blanchard : C’est une façon différente de faire du commerce. On rémunère mieux les producteurs en faisant attention à leurs coûts de production, de sorte à ce qu’ils ne vendent jamais à un prix inférieur à ce coût de production. Il s’agit, en fait, de leur donner les moyens de vivre de leur récolte.

TLB : Sur quels critères attribue-t-on le label de commerce équitable ?

M.B. : Le cahier des charges est très rigoureux. Par exemple, le producteur, grâce à un prix minimum garanti, est assuré que le prix ne va jamais descendre en-dessous du coût de production. Il y a aussi un volet environnemental, avec l’interdiction d’utiliser des OGM ou la limitation des engrais chimiques et des pesticides. Et une partie sociale : les producteurs doivent se regrouper pour être plus forts. Une partie du prix d’achat -10%- doit aussi servir à financer des projets sociaux -construction de routes, d’écoles, etc.-. Tous ces impératifs -entre autres- sont contrôlés chaque année par un certificateur indépendant. Et chaque étape de la production a son propre cahier des charges.

TLB : Comment se porte le marché en France ?

M.B. : Plutôt bien, même si le secteur reste petit car il génère seulement 400 millions d’euros d’achats avec des produits essentiellement alimentaires comme les boissons chaudes -café, thé, chocolat chaud-. La France est tout de même notre troisième marché du monde, derrière l’Angleterre et l’Allemagne (et le quatrième marché au monde, après le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Allemagne, ndlr). Elle progresse moins vite que d’autres car dans certains pays, les enseignes de distribution proposent un rayon entièrement dédié aux produits issus du commerce équitable. En Suisse, une banane vendue sur deux est équitable, car de gros distributeurs ne vendent qu’elle.

TLB : La crise est-elle un bien ou un mal pour le développement du secteur en France ?

M.B. : Son arrivée a été défavorable, puisque nous sommes passés d’une progression à deux chiffres (+21% en 2008, ndlr) à une progression à un chiffre cette année. Les Français ont eu recours à l’arbitrage sur leur consommation et ont privilégié les promotions ou les prix les moins chers. A l’inverse, plusieurs crises alimentaires ont fait s’interroger le consommateur sur la qualité des produits pas chers, leur fabrication, leur provenance, etc. Rechercher sans arrêt le moins cher, c’est intéressant à court terme, mais à moyen et long terme, ça peut avoir des conséquences. Le commerce équitable, lui, c’est la justice et l’équité.

TLB : Les produits labellisés commerce équitable ont la réputation d’être chers. Est-ce vrai ?

M.B. : C’est une idée reçue que l’on essaie de combattre. Il est vrai qu’en France, pour le café par exemple, les produits labellisés Max Havelaar sont distribués par des entreprises qui ont cherché des crus de café avec de origines pures. Pour les glaces, on a une marque qui est très haut de gamme. On a donc l’impression que le produit est cher. Mais en réalité, à qualité égale, l’écart est très faible. Il y a quelques années, l’INC (Institut national de la consommation, ndlr) avait comparé un café conventionnel et un café issu du commerce équitable : l’écart était de 20 centimes d’euros sur un paquet de 250 grammes. C’est assez faible par rapport à ce qui est mis en œuvre avec le commerce équitable.

TLB : Les produits issus du commerce équitable ne se trouvent peut-être pas facilement ?

M.B. : En réalité, ils sont partout : dans les hôtels, les cafés et restaurants… Même dans la restauration collective. Et toutes les enseignes de grande distribution -c’est une spécificité du marché français- ont une gamme de produits équitables, plus ou moins développée, mais qui existe. Par contre, seules quelques filières de produits sont labellisées, contrairement au bio qui va sur toutes les catégories de produits. L’offre est donc plus réduite et il faut souvent faire l’effort de regarder l’emballage et trouver le label. C’est quelque chose sur lequel nous travaillons avec les enseignes de distribution.

TLB : Qui achète ces produits « équitables » ?

M.B. : Avant, on parlait beaucoup des « bobos ». C’est moins vrai aujourd’hui, on s’en aperçoit dans nos études. Ce sont d’abord les jeunes, les plus sensibilisés au commerce équitable et qui approuvent à 100% sa démarche. On trouve ensuite des pré seniors, issus des catégories moyennes-supérieures, mais pas seulement en région parisienne : les acheteurs sont également nombreux dans certaines régions comme dans l’Est ou l’Ouest de la France.

TLB : N’y-a-t-il pas un risque de confusion entre le bio et le commerce équitable ?

M.B. : Ce sont deux labels complémentaires, car les produits bio sont certifiés par un cahier des charges environnemental que nous prenons aussi en compte, en plus de critères économiques et sociaux. Le commerce équitable touche ainsi davantage les trois piliers du développement durable.

TLB : Finalement, consommer équitable n’est-il pas qu’un effet de mode ?

M.B. : Connaissez-vous d’autres modes qui durent depuis vingt ans ?

Propos recueillis par Benjamin Hay

©Wikimedia Commons – Acrocynus

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