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Le loup : un présumé coupable

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Imaginez une justice qui condamne les individus avant qu’ils ne commettent un délit, sans même savoir s’ils commettront vraiment un délit. C’est exactement ce que subissent les loups, espèce pourtant protégée en France comme en Europe. Pour les animaux, le délit de sale gueule est reconnu par l’État !

Des images fortes, tournées de nuit début juillet par le photographe animalier Corentin Esmieu dans les Hautes-Alpes (col du Lautaret), viennent de le prouver : on y voit un troupeau de moutons, protégé par des chiens, un âne, une clôture. Des mesures de protection qui semblent dissuader le loup, aperçu ce soir-là, de tenter une chasse. Il n’attaque pas, et alors qu’il s’éloigne, les tireurs décident de l’abattre… avant de crier leur joie.

Le plus choquant dans cette histoire, c’est que ce tir n’a probablement rien d’illégal : en effet, les tirs de défense peuvent être autorisés même si le troupeau n’a jamais été attaqué, et mis en œuvre alors que l’individu n’était pas en train d’attaquer. Ces images montrent la réalité de ce qui se passe chaque année en France depuis 2004. Des tirs purement politiques, dont le but est de répondre à la colère des éleveurs. On le sait depuis le début, et l’ASPAS ne cesse de le répéter : ces tirs sont inefficaces, et sont même contreproductifs dans certaines situations. Alors que l’espèce Loup gris est très loin d’avoir atteint son seuil de viabilité génétique en France (estimé à environ 2000-2500 individus), les abattages déstabilisent des meutes et créent davantage de loups solitaires qui, par facilité, préfèrent se tourner vers le bétail domestique.

En février 2019, en réponse aux questionnements du ministre en charge de l’Écologie, les scientifiques de l’Office Français de la Biodiversité et du Muséum d’Histoire Naturelle sont sans appel : « L’efficacité de l’outil (tirs dérogatoires) pour atteindre l’objectif (limiter les dommages) sous-entendrait qu’il existe une relation de cause à effet immédiate entre le nombre de tirs et le volume des dégâts. Cette hypothèse est infirmée par les données qui montrent que le volume national des dommages n’est pas proportionnel au nombre de tirs. » 

Et en décembre 2019 le Conseil National de Protection de la Nature attirait « l’attention de la Direction de l’Eau et de la Biodiversité sur le fait que ce type de pratique (le tir de loup) n’a aucune base scientifique et à ce jour n’a apporté aucune réelle amélioration, ni en termes d’acceptation sociale du loup, ni d’une meilleure protection des troupeaux ».

La France tient même le triste record du volume de dégâts en proportion avec le nombre de loups : pour un nombre quasi identique de loups par mouton, il y a presque 5 fois plus d’attaques en France (régions PACA et AURA) qu’en Espagne (province de Castille et León), et 10 fois plus de victimes !

Les différentes mesures de protection des troupeaux, si elles ne garantissent pas une fiabilité à 100%, ont toutes montré leur efficacité, contrairement aux tirs dont l’inefficacité est reconnue par la communauté scientifique**.

II y a donc clairement un problème de choix politique : en autorisant le prélèvement de 17 à 19% de la population de loups en France (un pourcentage appelé même à augmenter…), on met à mal une espèce protégée sans garantie que les dommages diminueront et on contribue à perpétuer la peur et la haine du loup.

Les études le prouvent : les pays qui misent sur la protection forte des troupeaux subissent de fait moins de prédation, et tolèrent ainsi mieux la présence des grands prédateurs.

Il est grand temps de changer de paradigme, et de favoriser la cohabitation plutôt que la destruction ! L’ASPAS demande la fin des tirs contre les loups, et une réelle politique en faveur de la protection des troupeaux.

Contact presse ASPAS : presse@aspas-nature.org

* Cf le rapport interministériel publié en mai 2019 « Le loup et les activités d’élevage : comparaison européenne dans le cadre du plan national d’actions 2018/2023 » 

** Treves, A., Krofel, M., McManus, J., 2016. Predator control should not be a shot in the dark. Frontiers in Ecology and the Environment, 14, 380-388.
Bruns, A., Waltert, A., Khorozyan, I., 2020. The effectiveness of livestock protection measures against wolves (Canis lupus) and implications for their co-existence with humans. Global Ecology and Conservation, 21, e00868

 

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