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“Ce que j’ai vu, de la part de ces éleveurs, est un acte fasciste”

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Dimanche 2 août, une projection du film Marche avec les loups (dont l’ASPAS est partenaire) a été perturbée à Tende (06) par des anti-loup particulièrement haineux et agressifs, soutenus par le maire même du village, Jean-Pierre Vassallo. Malgré l’arrivée des Gendarmes et la présence d’agents du parc du Mercantour, les fauteurs de trouble (visiblement ivres pour certains) sont parvenus à faire annuler la séance, proférant menaces et insultes xénophobes (« Enculés de touristes ! »).

Consterné par cette situation de non-droit, l’inaction des forces de l’ordre et le silence de la presse, le producteur du film, Jean-Pierre Bailly, a décidé d’écrire au préfet Bernard Gonzalez pour obtenir des explications (voir ci-contre). Jean-Michel Bertrand, le réalisateur du film, a quant à lui décidé de porter plainte.

L’ASPAS tient à exprimer tout son soutien à l’équipe du film, dont le propos intelligent vise à justement dépasser le clivage pour ou contre le loup, et prône une cohabitation pacifique entre les éleveurs et le prédateur, basé sur le respect et le dialogue.

Parmi les spectateurs, ce soir-là, une habitante de la vallée de la Roya, totalement choquée par la violence de , qui a livré un long témoignage sur les différents troubles de cette soirée. Nous en publions un long extrait ci-dessous.

« Dimanche 2 août, une affiche m’invitait à voir, au cinéma de Tende, un film intitulé Marche avec les loups, en présence du réalisateur, celui-là même qui a signé, il y a une paire d’années, La vallée des loups, que j’avais beaucoup appréciée, en tant qu’amoureuse des grands espaces et des animaux sauvages.

Alors, je suis montée à Tende avec deux amis, juste pour voir ce film, et me remplir la tête d’images tout aussi sauvages, surtout en cette époque de contraintes.

Mais en arrivant devant le cinéma, je découvre, comme d’autres spectateurs, une pancarte de bois, suspendue en hauteur et à bonne distance des piétons, qui porte une inscription faite à la peinture noire, sur le nombre de moutons tués par les loups cette année. Je ne me doute alors pas que la séance va être très « compliquée ». Prenant place dans un cinéma où se sont déjà installées quelques familles avec leurs enfants, qui viennent, pour les mêmes raisons que moi, s’émerveiller d’un film sur la nature, je vois quelques personnes aller et venir, l’air préoccupé, et discutant entre elles.
Je ne peux alors imaginer ce qui va suivre.

Quelques minutes plus tard, un cortège de jeunes gens escortés d’autres, bien plus âgés, fait irruption dans la salle, portant des tricots blancs bariolés de slogans hostiles au loup, mais également, semble-t-il, au réalisateur du film. Equipés de grosses cloches de troupeaux, ces agitateurs sèment immédiatement le trouble dans la salle, qui se remplit peu à peu de sympathisants des éleveurs, mais aussi de spectateurs neutres, sidérés.

Arrivent, dans la salle, des gardes du Mercantour, promoteurs du film, dont la mine sombre trahit autant l’inquiétude que la consternation. Les parents, touristes et villageois mélangés, qui sont venus se détendre avec leurs jeunes enfants, commencent vraiment à s’inquiéter devant l’agressivité croissante des revendicateurs.

Visiblement, nombre de ceux qui clament leur hostilité au loup sont ivres ; un habitant de Tende me le confirmera plus tard, m’assurant qu’ils étaient attablés au bar depuis plusieurs heures. Parmi eux, quelques jeunes femmes tout aussi agressives, voire bien davantage que les garçons, dont une agitatrice de cloche, véritable passionaria, ivre de furie et de vulgarité…

Je vois et j’entends alors les « échanges » entre les éleveurs et les différents acteurs de la projection du film, si on peut qualifier ça d’échanges. Les éleveurs, meute grossière, hurlent, sonnent leurs cloches, applaudis par des sympathisants locaux, et d’autres, visiblement acquis à leur cause par souci de reconnaissance sociale, mais qui semblent déjà dépassés par la hargne de leurs meneurs.

Et puis, l’un des éleveurs, un jeune italien, portant un béret basque et un t-shirt écrit d’un pathétique slogan injurieux, lance à la cantonade « ceux qui sont pour le loup, levez la main ». Que se serait-il passé, si certains avaient osé jouer à ce jeu? Auraient-ils été passés à tabac ? C’est ce qui semblait être le risque, vu l’agressivité croissante des éleveurs…

Lorsqu’enfin la lumière tombe, annonçant la projection imminente, le cinéma est noir de monde ; certains spectateurs, que des amis locaux m’ont confirmé être de jeunes chasseurs, ouvrent alors en grand les fenêtres du cinéma. Je ressens une profonde inquiétude, car ils nous cernent, et à ce moment là, leur violence verbale redouble. Je me sens prise au piège. Je découvre alors que le jeune réalisateur de la vallée, Rémi Masséglia, venu avec sa femme, sa famille et quelques amis, projette la bande-annonce du film documentaire qu’il tourne depuis quelques années, avec sa fille de 2 ou 3 ans comme principale protagoniste.

M. Masséglia, qui habite la vallée, filme le monde sauvage, et principalement sa quête du loup, mettant en scène l’innocence de sa petite fille dans la nature, sur les traces du grand prédateur, revenant, avec tendresse et intelligence, sur le mythe du « Grand méchant Loup ».

La bande-annonce donne lieu à des hurlements de haine et des injures affreuses, comme « enculé » ou « fils de pute », alors même que des images d’une enfant en bas-âge tenant sa peluche passent à l’écran, en présence de ses deux parents…

Et puis, la bande-annonce finissant et enchaînant sur le film « Marche avec les loups », il devient vraiment impossible d’entendre quoi que soit. Les vociférations des éleveurs sont soutenues par certains chasseurs de Tende, et une jeunesse locale, complice sans détour de la haine qui éclate au grand jour.

Très vite, les revendications qui se voulaient anti-loup se muent en xénophobie envers tous ceux qui ne sont pas du coin ; et ils sont nombreux, ce soir-là, dont une moitié d’enfants… Je peux entendre « rentrez chez vous, cassez-vous, fils de pute ; ici, on est chez nous ; on est fiers de notre identité » ; et un homme jeune de se lever, hurlant à l’encontre des éleveurs hors de contrôle « vous traumatisez les enfants », ce à quoi, la horde, la meute ivre de haine, lui répond par des insultes décomplexées. L’homme, accompagné de ses enfants en pleurs, quitte la salle, applaudissant au « spectacle ». Sur ce, les gendarmes arrivent, à mesure que la tension et la consternation montent, mais ne semblent pas pouvoir calmer la situation.

Ce que j’ai vu ce soir-là, au cinéma de Tende, de la part de ces éleveurs, est un acte fasciste. Il n’y a pas d’autres mots. Des hommes violents, ivres (mais pas que) et menaçants, empêchant la diffusion d’un film, dans un état de droit. Certains sympathisants restés à l’extérieur, et que je sus après coup chasseurs, arguaient qu’on ne venait pas voir ce film « par hasard ». J’assistai à quelques tentatives de dialogue entre des parents amoureux de la nature et des anti-loup, mais ces derniers, occupés à vociférer, ancrés dans leurs certitudes, rendaient toute discussion impossible. Ils étaient nombreux, haineux, menaçants, injurieux, face à des gens qui, comme moi, avaient juste envie d’aller au cinéma.

Alors, je suis partie, écoeurée, abattue par tant de haine aveugle, et sidérée par l’image donnée ce soir-là par la jeunesse de la vallée, celle de Tende en premier lieu. Mais une paire d’élus de Breil sur Roya étaient partie prenante de la horde. Et puis, Jean-Pierre Vassallo, le maire de Tende fraîchement réélu, est arrivé. Plusieurs connaissances restées sur place me l’ont racontée ; elles espéraient un apaisement, mais le maire a donné raison aux éleveurs, les soutenant, cautionnant par la même occasion leur comportement fasciste, leurs actes et leur haine, malgré les deux administrations présentes ce soir-là : la Gendarmerie et le Parc du Mercantour. Cela est proprement inadmissible.

J’aime beaucoup la nature et ses bêtes, dont le loup et les moutons font partie ; je n’étais pas venue au cinéma pour me conforter dans des certitudes anti-pastorales que je n’ai pas. J’étais juste venue pour voir un film de nature. Et j’en suis ressortie consternée, sans voir le film, car des individus au comportement fasciste, des éleveurs et des chasseurs, et quelques complices de circonstance, m’en ont empêchée. Ce qui d’ordinaire, n’est l’apanage que de réels groupes d’intégristes politiques ou religieux.

Je n’ai rien contre les bergers ; mais au cinéma de Tende, ce soir-là, il n’y en avait pas. Les bergers ont bien trop à faire dans les montagnes, pour venir revendiquer ce que leur travail revendique de lui-même.

Le spectacle donné par ces jeunes, voire très jeunes éleveurs, aidés par l’alcool et quelques bêtes agitateurs ramassés pour faire nombre, est proprement consternant. Le loup a vite disparu des injures, pour céder la place à un racisme envers tout ce qui n’est pas de leur territoire et ne se revendique pas de leurs « traditions ». Peut-on accepter cela en 2020, en France, pays qui se dit démocratique ?

Ces manifestants haineux auraient pu, s’ils n’avaient tragiquement manqué de dignité et de respect envers le public venu au cinéma, être entendus et débattre, mais ils ne l’ont pas voulu. Etre soutenus par le maire, au sein même d’un cinéma municipal, a donné raison à leur ignorance et à leur haine, qui ont effacé le propos même de leur coup de force.

Ces éleveurs, soutenus par une phalange de chasseurs toujours prêts à assurer leur part de violence et à perpétuer leur vision du monde, ont montré le visage sombre d’une activité qui souffre du loup, certes, mais qui ne lui doit pas son déclin, loin de là.

(…)

Une habitante consternée de la vallée de la Roya. « 



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